Combien de mots faut-il pour parler espagnol ?
Le vrai risque, pour un francophone qui apprend l'espagnol, n'est pas la difficulté. C'est de s'arrêter trop tôt, parce qu'on se débrouille très vite et que plus rien ne pousse à continuer.
Le plateau des deux mille mots
La proximité entre le français et l'espagnol est telle qu'on atteint en quelques mois un niveau où l'on se fait comprendre. Personne ne corrige, l'effort supplémentaire n'a plus de rendement visible, et le vocabulaire se fige autour de deux mille mots pendant des années.
Quelqu'un qui part de zéro en japonais n'a jamais ce problème : rien ne marche tant que rien ne marche vraiment. Le francophone en espagnol, lui, doit décider consciemment de dépasser le point où il est déjà à l'aise.
Que couvre chaque palier en espagnol ?
Les linguistes mesurent le vocabulaire en taux de couverture. Les relevés de Paul Nation donnent des chiffres stables, valables pour l'espagnol comme pour l'anglais.
| Familles de mots | Couverture de l'oral | Ce que ça permet |
|---|---|---|
| 1 000 | 85 % | Échanges simples sur des sujets familiers |
| 3 000 | 95 % | Séries sous-titrées, réunion de travail |
| 6 000 à 7 000 | 98 % | Cinéma sans sous-titres, radio, quatre personnes qui parlent en même temps |
Entre 95 % et 98 % il y a trois mille mots, et ce sont eux qui séparent « je me débrouille en espagnol » de « je parle espagnol ». À 95 % vous butez sur un mot toutes les deux ou trois phrases, et c'est souvent celui qui porte le sens.
Les difficultés ne viennent pas du vocabulaire
- Ser et estar. Le français a un seul verbe être. Es aburrido veut dire il est ennuyeux, está aburrido veut dire il s'ennuie.
- Por et para. Le français dit « pour » dans les deux cas ; l'espagnol distingue la cause du but.
- Le subjonctif. Il recule en français et reste vivant en espagnol, y compris dans la conversation courante.
Ces trois points ne s'apprennent pas comme du vocabulaire, mais ils décident si vos six mille mots sortent juste. Révisez-les dans des phrases entières plutôt que sous forme de règles.
Quels sont les faux amis franco-espagnols ?
Embarazada veut dire enceinte. Salir veut dire sortir. Quitar veut dire enlever. Largo veut dire long. Entender veut dire comprendre. Constipado veut dire enrhumé.
Un mot inconnu vous arrête et vous le cherchez. Un faux ami vous laisse continuer avec le mauvais sens, et personne ne vous reprend parce que la phrase reste correcte.
Ce qui vous est offert
L'orthographe espagnole correspond au son sans presque aucune exception. Cinq voyelles, une valeur chacune, et l'accent écrit signale les exceptions à la règle d'accentuation. Un mot lu pour la première fois se prononce juste du premier coup.
Cela change l'économie du vocabulaire. En anglais, un mot appris sur le papier reste inutilisable à l'oral tant qu'on n'a pas appris son son. En espagnol il n'y a pas de deuxième passage : chaque mot lu est un mot que vous saurez dire et reconnaître.
Espagne ou Amérique latine
Les différences se concentrent sur des noms du quotidien : coche et carro, móvil et celular, ordenador et computadora. Deux cents mots environ portent une marque régionale, et les locuteurs des deux côtés comprennent les deux formes.
Là où le choix compte, c'est le tutoiement collectif : l'Espagne dit vosotros, l'Amérique latine dit ustedes à tout le monde. Le noyau des six mille mots les plus fréquents est presque identique des deux côtés.
L'accent écrit change le mot
L'espagnol utilise l'accent pour distinguer des mots que le français ne distingue pas. Papa est le pape, papá est le père. Si veut dire si, sí veut dire oui. El est l'article, él le pronom. Tu est possessif, tú est sujet.
Un francophone survole ces accents, parce qu'en français ils modifient le son d'une voyelle sans changer le mot. En espagnol ils portent le sens et déplacent la syllabe tonique. Si vous les négligez, vous fabriquez des paires qui se confondent, et réviser l'une efface l'autre.
Par où commencer
La courbe de fréquence de l'espagnol est raide. Ser, estar, tener, hacer, decir, poder sont partout, tandis que la majorité des entrées du dictionnaire n'apparaît presque jamais. Les mille premiers mots achètent plus de compréhension que trois mille pris au hasard.
Pour un francophone il y a un second tri. Les mots transparents comme posible ou nacional n'ont pas besoin de révision : vous les avez du premier coup et vous continuerez de les avoir. Chacun d'eux occupe la place d'un mot difficile. L'effort doit aller aux faux amis, aux verbes fréquents et à ce que le français ne couvre pas.
Combien de mots par jour ?
Dix mots par jour vous font passer les mille mots en moins de quatre mois. Trente par jour paraissent meilleurs pendant deux semaines, puis la charge de révision triple et l'habitude casse. Le goulot n'est jamais l'apprentissage, c'est l'oubli, et c'est ce que prend en charge la répétition espacée.